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Les jardins historiques sont des espaces sculptés par les siècles. Ils témoignent de la vision idéale de la nature de leur époque. L'ampleur des frondaisons des arbres et la profondeur des perspectives harmonisent le paysage et projettent le promeneur dans une nature sublimée par les rêves de paradis terrestre de cultures disparues. Jardins, architecture et meubles ordonnent l'espace afin que le "bien vivre" favorise l'expression du bien "être" dans les comportements de notre vie quotidienne. Les jardiniers, les architectes et les maîtres artisans des siècles passés aidaient chacun à incarner plus d'être et à personnaliser le temps. Les visiteurs, pour une promenade amoureuse ou familiale confient au Château et à ses jardins le soin de mettre en scène un moment important de leur vie. Dans ces espaces sublimés par le temps, il est plus facile de transfigurer des instants de bonheur en moments d'éternité.
Depuis 1559, des paysagistes célèbres ont transformé les champs et les bois de Thoiry en des jardins et parcs, témoignant de la vision idéale de la nature et de l'art de vivre de leur époque :
En 1559, les jardins valorisent l'architecture du château d'un alchimiste : Le Jardin de 1559 prolongeait l'architecture fonctionnelle du Château créée par Philibert de l'Orme, et à son maître maçon, Olivier Ymbert, pour Raoul Moreau, Trésorier du Roi Henri II. En montant vers le château, le promeneur est ébloui par la lumière du soleil qui traverse les fenêtres du rez-de-chaussée du corps central. Le premier étage est un pont posé sur cinq arches qui s'ouvrent sur le vide lumineux du ciel. Cette transparence est supérieure à celle d'un pont car, à Thoiry, pour compenser la largeur du château, les fenêtres de la façade S.O. sont plus éloignées de la porte centrale que les fenêtres de la façade N.E. En faisant le tour du parterre N.E. de Thoiry, deux autres effets de transparence apparaissent là où les ailes du château semblent être rattachées que par leur angle au corps central.
A Thoiry, le château, parce qu'il est situé sur une colline à la même altitude que les coteaux voisins, est le pivot d'un calendrier solaire ayant l'horizon pour cadran et les perspectives pour aiguilles pour marquer les moments privilégiés de la course du soleil aux solstices et aux équinoxes. Le soleil se lève au solstice d'été et se couche au solstice d'hiver à travers la transparence des fenêtres du rez-de-chaussée du château dans les axes N.E. et S.O.
Les allées en patte d'oie montant vers le château valorisaient les transparences des pièces du rez-de-chaussée. Dans les axes centraux N.E. et S.O. elles correspondaient au lever du soleil, au Solstice d'été, et au coucher du soleil, au Solstice d'hiver et dans les axes latéraux E. et O. à ceux des équinoxes de printemps et d'automne, servant les fonctions solaires du château et magnifiant les transparences et la légèreté de l'architecture. Tous ces axes furent repris dans le jardin à la française N.E. de Desgot. Au pied de l'aile annexe du château, des jardins d'herbes et de fleurs joignaient l'utile à l'agréable. Le potager est à 250 mètres du château et 25 mètres plus bas, là où on pouvait recueillir les eaux de pluie et creuser un puits. Les allées en étoile dans les bois servaient la chasse à cour. Le mur d'enceinte faisait du parc une réserve à gibier. Dans le mur, les "sauts de loup" étaient des pièges aidant le gibier à sauter à l'intérieur mais lui interdisant de sortir. Ils y avaient aussi une fonction esthétique, créant des ouvertures, là où il y avait un beau point de vue.
Au 18ème siècle les Jardins à la française ordonnent tout le paysage environnant : Les plans du 18ème, dont celui de l'arpenteur Aubry, montrent que les allées du 16ème. furent reprises comme axes des jardins à la française, 150 ans après par Claude Desgot, neveu et successeur de Le Nôtre. Desgot connaissait le Nombre d' Or et il avait compris le sens de l'oeuvre de Philibert de l'Orme, car, à Thoiry, il a ordonné les jardins autour des axes du 16ème, prolongeant jusqu'à l'horizon les perspectives et la fonction solaire de l'architecture du Château de Philibert de l'Orme.
Seul le jardin à la française Sud Ouest ne fut pas remplacé au 19ème. par des jardins à l'anglaise. Le Jardin à la Française N.E. ordonne le paysage et la vue jusqu'à l'horizon par cinq perspectives. En restaurant ce jardin Paul de La Panouse découvrit qu'un léger décalage dans les axes centraux N.E. et S.O. orientait exactement l'axe central de la façade N.E. au lever du soleil au Solstice d'Été et celui de la façade S.O. au coucher du soleil au Solstice d'Hiver. Au Solstice d'Été, vu du vestibule, le soleil se lève dans l'axe N.E., entre les allées de tilleuls et au-dessus du miroir d'eau. De l'extrémité du parterre S.O. le soleil apparaît dans le vestibule central, comme s'il se levait dans le château. Son reflet dans l'eau du bassin rappelle que la vie est fille de l'alliance entre l'eau et le feu solaire. Au Solstice d'Hiver, vu du jardin N.E., le soleil brille à travers le vestibule comme s'il se couchait pour la nuit dans le château.
L'hiver et vu de l'extrémité de la perspective S.O., le Château, illuminé par le soleil couchant, semble être en feu, car les vitres deviennent miroirs et elles reflètent les rayons solaires comme autant de flammes : manifestation flamboyante de la fuite du temps mise en scène par les jardins à la française. Le jardin S.O. est un monde en équilibre sur lui-même, comme une grande clairière, avec à l'horizon la forêt des Quatre Piliers, qui prolonge la Forêt de Rambouillet.Vues du Château, les pentes sont calculées pour corriger les déformations de l'oeil. Le regard glisse sur les plans successifs de la terrasse, du parterre et du bassin, puis, le tapis vert étant invisible, il survole les arbres et l'horizon et se perd dans l'infini du ciel. Les côtés du jardin s'écartent pour s'opposer à l'effet de fuite d'une perspective aux bords parallèles. Le regard revient paisible au centre du jardin. Les tracés en brique rouge pilée, restaqrés dans le gazon vert des parterres à l'anglaise, apprivoisent les lignes de fuites rectilignes avec les courbes des lunes et demi-lunes. Les reliefs en plein et en creux sont à peines soulignés mais ils confortent l'équilibre général.
Une illusion d'optique, unique au monde, inverse les effets naturels de la perspective. Le promeneur, qui descend l'allée centrale, a l'impression que le fond du jardin au lieu de se rapprocher, s'éloigne. La grandeur du jardin, au lieu de diminuer, augmente à chacun de ses pas. Claude Desgot a organisé l'espace en largeur et en hauteur pour inverser l'effet naturel de la perspective. En largeur les haies de ifs, qui bordent le parterre, et les deux allées de tilleuls, qui les prolongent, paraissent parallèles mais elles s'écartent pour contrer la ligne de fuite. Le tapis vert, à la fin de la perspective, est plus large de 30 mètres que le parterre au pied du château. En hauteur : vus du vestibule du château, le rideau vert et les arbres, qui ferment la perspective à l'extrémité du tapis vert à 630 mètres du château, semblent être plantés au bout du parterre, à 120 mètres du château. Les deux demi-lunes coïncident par le jeu des pentes et le tapis vert, long de 510 mètres, est invisible. Au fur et à mesure que l'on descend l'allée centrale, le tapis vert semble monter derrière le bassin. Quand on descend d'une colline, la hauteur de la colline d'en face semble diminuer; la mer, vue du haut d'une falaise, est un vaste mur bleu et quand on arrive sur la plage, elle n'est plus qu'une ligne étroite écrasée par le ciel. A Thoiry, plus on avance plus le tapis vert, révélant sa profondeur, monte faisant reculer l'horizon pendant que la perspective latérale se dérobe en s'écartant et la grandeur du jardin augmente à chaque pas.
La beauté classique de cet exceptionnel jardin à la française ordonne la nature pour mieux grandir l'homme. " Je suis maître de moi comme de l'univers ", écrit Corneille, au point de soumettre les lois naturelles de la perspective à celles de l'art dans la culture classique. L'horizon en reculant donne l'illusion que la nature s'incline devant le promeneur. Pour Descartes, c'est par la volonté que l'homme ressemble le plus à Dieu : ses autres facultés, telles l'imagination et l'entendement, ne s'accomplissent que lorsque la volonté ordonne le regard, la parole et le geste qui vont incarner l'acte créateur. À Versailles, la Cour, le palais et les jardins glorifiaient l'expression de la volonté du Roi. Les grands jardins à la françaises offrent à chaque promeneur ce pouvoir royal sur la nature. Le rideau vert, qui ferme en demi lune la perspective, appuie l'illusion d'optique unique de Desgot à Thoiry.
Suite à la tempête de 1999 et au don de l'Association "Reboisons la France", Annabelle de La Panouse et le paysagiste Alain Richert ont replanté ce rideau sur trois niveaux : les buis soulignent la base du demi cercle d'une ligne d'un vert vif; les photinias, aux troncs colonnaires, forment le rideau intermédiaire, que domine la masse forestière des chênes tri-centenaires, dont les frondaisons restent juste en-dessous de la ligne d'horizon. Les camélias dans le sous-bois renforcent l'épaisseur de ce rideau vert et annoncent par leurs fleurs la fin de l'hiver. Le Nôtre s'était inspiré à Versailles du livre de Colonna et d'Alberti, "Le Songe de Polyphile". Son neveu Claude Desgot a prolongé dans les jardins de Thoiry l'oeuvre accomplie par Philibert de L'Orme par le château.
Les Jardins à l'Anglaise veulent paraître plus naturels que la Nature : les jardins à l'anglaise étaient aussi appelés anglo-chinois, car ils furent inspirés par la découverte des jardins des palais de Chine, grâce aux missionnaires et aux voyageurs. Comme les jardins à la française, ils ont vocation d'ordonner tout le paysage environnant. Ce manuscrit d'Horace Walpole, écrivain et frère du premier ministre anglais, Robert Walpole, est intitulé " Du Goût Moderne des Jardins".
Il a été traduit en français par le duc de Nevers, qui fut ambassadeur de France en Angleterre et un des membres du Secret du Roi Louis XV.
A Thoiry, le Comte de Machault transforma une grande partie des jardins à la française en jardins à l'anglaise, selon le plan dessiné par Châtelain en 1823, ne gardant à la française que le jardin S.O.. Il fit planter les splendides massifs de rhododendrons et d'azalées. Cette première proposition de destruction du jardin à la française S.O. montre les arbres qui doivent être abattus, ceux qui seront récupérés et les zones qui seront plantées.
En 1850, son gendre, Léonce, marquis de Vogüé, demanda à Varé, paysagiste du Bois de Boulogne, de remettre aux goûts du jour le jardin à l'anglaise. Il introduisit des espèces exotiques, dont 55 séquoias, mais noyant le château dans des bosquets d'arbres et arbustes, il ferma les vues sur le paysage. Maître de forges, il bâtit une "folie", un chalet, pour abriter la machine à vapeur, qui montait l'eau du Jardin des Cascadelles au château et à la fontaine du village. Ce plan proposé par Varé est la deuxième proposition pour remplacer le jardin à la française S.O. par un jardin pittoresque. Il est très intéressant car il montre en filigrane le tracé du jardin à la française sur lequel sont superposées les modifications. Melchior de Vogüé dissuada ses parents de le faire.
En 1945, la comtesse de La Panouse a recréé la perspective sud du "Belvédère".Paul et Annabelle de La Panouse maintiennent et restaurent les jardins à la française dans les axes N.E. et S.O., où ceux-ci prolongent les perspectives de l'architecture du château. Sur le reste du domaine ils restaurent et ils développent le parc à l'anglaise et ses collections botaniques. Annabelle de La Panouse a commencé à dégager les bosquets de Varé des taillis qui les avaient envahis, afin de les remettre en valeur. "Le Pré Angélique", du nom de la belle Angélique de Marescot, a vu son pavillon de thé et de musique ruiné par la guerre et ses magnifiques cèdres décapités par les tempêtes. Annabelle de La Panouse souhaite y planter en bosquets des arbres et arbustes fleurissant de juin à septembre, afin de créer un jardin d'été. Ce jardin d'été fait partie d'un programme initié il y a quinze ans, afin que la floraison s'étale sur toute l'année. Il complétera le Jardin d'Automne et les plantations d'arbustes fleurissant à la fin de l'hiver.
Un Jardin Écologique ou un Rêve de Paradis du 20ème : En 1965, Paul de La Panouse ouvrit le château au public, pour donner à ce monument historique une fonction culturelle et des ressources économiques. Pour attirer les enfants, tout en respectant l'environnement, il créa un parc animalier. Pour la première fois au monde, hors de leur pays d'origine, des animaux exotiques et sauvages vivaient en liberté les comportements de leur vie sociale et tribale sous le regard des visiteurs, comme en Afrique. Dans Thoiry, Théâtre de la Nature, les arbres centenaires sont le décor et les animaux sont les acteurs. Chaque animal n'a qu'un rôle, celui que lui dicte son instinct. Son jardin idéal, le paradis terrestre de son espèce, c'est un territoire où il peut exprimer ses comportements instinctifs. Chaque espèce joue sa partition, qui est sa vie. Nous sommes liés aux animaux par nos gènes et par les racines de nos comportements, là où l'inconscient rejoint l'instinct, que notre pensée réflexive a transfiguré pour le meilleur et pour le pire. Toutes nos civilisations ont élaboré une symbolique animale pour exprimer les sentiments artistiques, affectifs et spirituels. En inventant un paysagisme original et de nouvelles méthodes d'élevage, mettant en scène le comportement en liberté des animaux sauvages, Paul de La Panouse a réalisé, dans ce théâtre de la nature qu'est Thoiry, un rêve écologique d'une nature idéale selon la culture de son siècle. 17 millions de visiteurs ont visité le parc en 34 ans.
Les jardins historiques de Thoiry sont vivants car ils mettent en scène la vision d'une nature idéalisée, celle des siècles passées et celle de notre temps : les animations botaniques, zoologiques et culturelles de Thoiry ont financé la restauration de dizaines d'hectares de jardins et la plantation de dizaines de milliers d'arbres et d'arbustes en 25 ans.
Le Jardin à la Française Sud Ouest : Annabelle de La Panouse a recréé en ifs les haies sur les côtés du parterre et les tracés en brique rouge, qui avaient disparu. Elle a planté les bordures avec de la lavande, des rosiers, des buis taillés et de la santoline. Elle a restauré les broderies autour de la fontaine. À l'Est, une longue galerie fait la transition entre le jardin à la française et le parc à l'anglaise et présente une collection de pivoines et de fleurs vivaces. Les allées de tilleuls du jardin S.O. seront renouvelées en trois étapes. Les ifs et les buis centenaires des deux jardins verts du 18ème, qui furent en partie détruits au 19ème, seront reconstitués avec d'autres arbustes à feuillages persistants.
Le labyrinthe illustre le "Nombre d'Or", qui fonde les proportions architecturales du Château et la croissance des plantes, et "Le Songe de Polyphile", qui a inspiré les jardins symboliques de la Renaissance Italienne, comme celui d'Isola Bella, et qui témoignaient d'un humanisme, combattu par l'Inquisition. Les animaux y sont présents, symboles issus des mythologies de l'Antiquité.
Les prochaines créations de jardins seront :
Cet Hôtel Lodge s'inspirera à la fois des proportions classiques du Château et du style colonial du siècle passé. Il offrira un hébergement à thème autour d'un nouvel étang au milieu des arbres centenaires et des plantes rares, avec l'animation de la faune sauvage et exotique, selon les rêves écologiques du 20ème. Cette réalisation originale de Thoiry, Théâtre de la Nature, fera vivre les visiteurs dans une nature sublimée.
Le bien-vivre et le bien-être : Philibert de L'Orme pensait à tout ce qui rendait la vie plus confortable. Avant de construire une maison, il interrogeait son client pour connaître ses goûts, ses besoins, son mode de vie et celui de sa famille. Il lui exposait les avantages et les inconvénients du site choisi, la nature du sol, l'orientation, les ressources en eau, le climat, etc... Il adaptait la construction du bâtiment aux moyens financiers du propriétaire et il vérifiait si les frais d'entretiens futurs étaient compatibles avec ses revenus. Il souhaitait que la maison aide ses habitants à rechercher le "bien être", dans leur vie affective et spirituelle. Cette volonté de mettre le beau et le bien au service de la vie quotidienne était primordiale. La maison et le jardin devaient participer à la recherche de plus d'être, car l'homme est sur terre pour personnaliser le temps. Dans leur quête du savoir qui donne la sagesse, Philibert de L'Orme et Raoul Moreau ont laissé un instrument remarquable qui situe les habitants et les visiteurs de Thoiry dans l'espace-temps pour mieux nous aider à incarner les qualités de l'être dans notre vie quotidienne.