Archives départementales des Yvelines

Les collections photographiques des Archives départementales des Yvelines

Les collections photographiques des Archives départementales des Yvelines

En 2026-2027, la photographie célèbre son bicentenaire. À cette occasion, les Archives départementales des Yvelines mettent à l'honneur un patrimoine exceptionnel de près d’un demi-million de photographies. Réalisés par des professionnels comme par des amateurs, ces clichés témoignent de près de deux siècles d'histoire du territoire, de ses habitants, de ses paysages, de son patrimoine et de ses profondes transformations.

L'histoire de la photographie dans les Yvelines est celle d'un territoire qui, en raison de sa proximité avec Paris, adopte très tôt les innovations photographiques, accueille des pionniers, voit naître des inventeurs, puis accompagne toutes les grandes mutations de la photographie : du daguerréotype au portrait de studio, de la carte postale au photojournalisme, jusqu'aux grandes campagnes photographiques documentant l'aménagement du territoire. Les collections des Archives départementales en sont aujourd'hui le reflet.

Séance photo de la Commission des Antiquités et des Arts sur le site de fouilles d'Andrésy.
Séance photo de la Commission des Antiquités et des Arts sur le site de fouilles d'Andrésy.

Fonds Jean Lattès, 40Fi 55095

Vue de la vallée de la Seine à hauteur de Bonnières, réalisée par Ernest Moussard suivant son procédé de « téléphotographie ». À la Belle Époque, cette petite innovation permet à la famille Moussard de se lancer dans une petite production de cartes postales, diffusant ainsi les premières vues aériennes du territoire.
Fin du XIXe siècle – début du XXe siècle. Cote : 3Fi33 60

L’apparition de la photographie sur le territoire des Yvelines

Fruit des recherches de Joseph Nicéphore Niépce puis des perfectionnements apportés par Louis Daguerre, la photographie est officiellement présentée à l'Académie des sciences en 1839. En quelques décennies, elle bouleverse les pratiques artistiques, scientifiques et documentaires. D'abord réservée à une clientèle aisée, elle devient progressivement un moyen de conserver et de diffuser la mémoire des individus, des paysages, des monuments et des événements.

La proximité de Paris et la présence de villes au riche patrimoine historique comme Versailles et Saint-Germain-en-Laye favorisent une diffusion très précoce de cette nouvelle technique. Reliées à la capitale par le chemin de fer entre 1837 et 1847, elles deviennent rapidement des lieux d'implantation privilégiés pour les premiers ateliers photographiques, attirés par une clientèle nombreuse composée d'artistes, de militaires, de fonctionnaires, de touristes et de quelques membres de la haute société.

Le territoire participe également à l'histoire des techniques photographiques grâce à plusieurs inventeurs aujourd'hui largement oubliés. Jacques-Léon Tardieu domicilié chez un notaire de Versailles dépose en 1852 un brevet pour un procédé de photographie coloriée, la « Tardéochromie ». En 1900, le versaillais Le Boulch met au point un procédé destiné à améliorer l'adhérence des émulsions photographiques. Enfin, dans le Mantois, Ernest Moussard développe plusieurs innovations destinées à la photographie archéologique puis aérienne, travaux récompensés lors des expositions universelles de Bruxelles (1905) et de Turin (1911).


La photographie au service de l'archéologie
La photographie au service de l'archéologie

Soucieux de rendre les objets archéologiques plus facilement interprétables, l’archéologue Ernest Moussard expérimente plusieurs procédés photographiques. Il retouche ses clichés, photographie des moulages et réalise des tirages partiellement négatif afin de mettre en évidence les formes, les reliefs et les détails parfois peu perceptibles sur les objets originaux.

Années 1890

Vue aérienne plongeante sur le château de Wideville
Vue aérienne plongeante sur le château de Wideville

Ce cliché réalisée depuis un ballon avec un appareil léger suivant des procédés hérités de la téléphotographie d’Ernest Moussard.

6 avril 1913

La tradition du portrait photographique

Parmi les pionniers du daguerréotype, plusieurs photographes choisissent Versailles pour ouvrir l'un de leurs premiers ateliers. Dès 1845, le futur grand photographe Léopold-Ernest Mayer s'installe au 27, rue Maurepas à Versailles, où il réalise des portraits daguerréotypiques, notamment des épreuves coloriées à la main. Sa publicité vante des images obtenues « sans soleil et par tous les temps », signe des progrès techniques qui permettent alors de réduire la dépendance aux conditions d'éclairage. En février 1850, Mayer rejoint Paris où il fonde, avec son frère Louis-Frédéric, la société Mayer Frères. En 1855, les deux associés s'unissent à Pierre-Louis Pierson pour créer l'un des plus prestigieux ateliers photographiques du Second Empire.

A l'atelier de Cyprien Philippon
A l'atelier de Cyprien Philippon

L’ophtalmologue Félix Giraud-Teulon (1816-1887) est ici photographié par Cyprien Dominique Philippon (1840-1891), dont l’atelier attire une clientèle variée, comprenant notamment de nombreuses personnalités militaires et des professionnels de la santé. Installé dans la « maison du chemin de fer américain », face au terminus du tramway en provenance de Paris et à proximité du château de Versailles, le photographe cherche à séduire une clientèle cosmopolite, comme en témoigne la mention au dos de ses production indiquant qu’il parle anglais.

Années 1870

En 1848, le daguerréotypiste « Johenson », présenté dans la presse comme le « célèbre Johenson de New York », s'associe au peintre Pierre Rioux pour ouvrir un atelier de photographie daguerrienne au 8, rue Montbauron à Versailles. Comme beaucoup d'établissements de cette première génération, cet atelier demeure toutefois éphémère.

Le daguerréotype, procédé coûteux produisant une image unique sur une plaque métallique, est progressivement supplanté au cours des années 1850 par de nouvelles techniques, notamment les procédés sur papier au chlorure d'argent puis le collodion humide, qui réduisent considérablement les temps de pose et permettent la multiplication des épreuves. Une étape décisive est franchie en 1854 lorsque André-Adolphe-Eugène Disdéri met au point la carte de visite photographique. Peu coûteux et facilement reproductible, ce nouveau format démocratise le portrait et révolutionne son commerce. Habile entrepreneur, Disdéri constitue un vaste album des célébrités de son temps. Artistes, ingénieurs, militaires et membres de la haute société cherchent à y figurer, la présence dans cette galerie constituant une véritable marque de reconnaissance sociale. Comme le constate en 1857, le journaliste Jalabert en visite chez Disdéri, « Tout Versailles est photographié dans un magnifique album ».

Le plus ancien cliché conservé aux Archives départementales des Yvelines représente Xavier Dufrayer, directeur du service des Eaux et Fontaines de Versailles et concepteur de la nouvelle machine hydraulique de Marly, inaugurée par Napoléon III en 1860. Réalisé entre août et octobre 1862 dans l’atelier d’Eugène Disdéri, boulevard des Italiens à Paris, ce portrait témoigne des débuts de la photographie comme pratique sociale.

Dufrayer s’y rend vraisemblablement accompagné de ses neveux afin de se faire portraiturer par ce photographe alors très en vue, qui accueille une clientèle prestigieuse. La planche, conservée dans le catalogue de Disdéri, servait à réaliser les célèbres « cartes de visite ». À partir d’un même négatif comportant plusieurs portraits, le photographe pouvait en effet tirer autant d’épreuves qu’il le souhaitait. Ce procédé, breveté par Disdéri en 1854, contribua largement au succès de ce nouveau format photographique.

Les chasses de la duchesse d’Uzès. Regroupement des équipages à La Celle-Saint-Cloud.

Fin du XIXe s. Cote : Fonds Boivin (47Fi)

À partir de la seconde moitié des années 1850, une nouvelle génération de photographes s'implante durablement en Seine-et-Oise et s'adresse à une clientèle toujours plus nombreuse. Les ateliers deviennent de véritables commerces, installés dans les rues les plus fréquentées des grandes villes. En 1857, Mademoiselle Levasseur ouvre ainsi le premier de ces établissements au 39, rue de la Paroisse à Versailles. Conçu spécialement pour l'exercice du portrait photographique, le bâtiment s'impose dans le paysage urbain. La presse vante la qualité de ses portraits, leurs prix modérés, l'agencement des lieux ainsi que l'accueil réservé par sa directrice.

D’autres établissements ouvrent rapidement, parmi lesquels les ateliers versaillais de La Sablière, avenue de Saint-Cloud, de Philippon, rue Colbert, de Pinot, place d’Armes, et de Jeannon, rue Saint-Pierre. À Saint-Germain-en-Laye, près de la gare centrale, s’installent également les ateliers Gilbert et la maison Véber, à laquelle succédera la société "La photographie du Musée" dirigée par Léon Bichon.

Publicité des ateliers de Mme Levasseur à Versailles.
Publicité des ateliers de Mme Levasseur à Versailles.

1857

Publicité des ateliers de La Sablière à Versailles.
Publicité des ateliers de La Sablière à Versailles.

1858

Publicité des ateliers du photographe Pierre Riou
Publicité des ateliers du photographe Pierre Riou

1859

Dans le sillage de Disdéri, certains photographes développent une véritable stratégie commerciale afin de séduire une clientèle de plus en plus exigeante. Pierre Riou (ancien associé de Johenson) en offre un exemple remarquable. Installé en 1859 au 17, rue Hoche, il fonde le « Palais-Royal de Versailles », un établissement particulièrement moderne. Doté d'un éclairage au gaz lui permettant d'accueillir le public après la tombée de la nuit, l'atelier est conçu comme un véritable lieu d'exposition où les visiteurs peuvent découvrir en permanence les productions du photographe. Riou investit également dans la publicité et adopte le modèle de la carte de visite photographique popularisé par Disdéri, proposant à sa clientèle des séries de portraits, notamment à l'occasion des étrennes, afin de la fidéliser.

À côté de ces ateliers sédentaires, d'autres photographes privilégient une activité ambulante. Ils profitent des grands rassemblements populaires pour aller au-devant de leur clientèle, notamment à Saint-Germain-en-Laye lors des fêtes de la Saint-Napoléon ou de la fête des Loges. Parmi eux, M. Hadancourt installe son atelier mobile, une curieuse « voiture-terrasse », sur la place du Château afin de photographier les voyageurs dès leur arrivée en gare.

Autochromes issus du fonds Boivin entrés dans les collections des Archives départementales des Yvelines en juillet 2026.
Autochromes issus du fonds Boivin entrés dans les collections des Archives départementales des Yvelines en juillet 2026.

Fin XIXe siècle.

La photographie à la portée de tous

De procédé expérimental puis de luxe réservé au portrait, la photographie devient progressivement à la fin du XIXe siècle un objet du quotidien. Elle accompagne désormais les loisirs, le tourisme, les échanges épistolaires, la presse et la documentation du territoire.

À partir de 1888, l'apparition des appareils Kodak marque un tournant majeur dans l'histoire de la photographie. Grâce à des appareils préchargés en pellicule et à un développement désormais pris en charge par le fabricant, la pratique devient beaucoup plus simple et accessible. Les progrès des plaques sèches, des films souples et des appareils portatifs contribuent à cette démocratisation au début du XXᵉ siècle. Longtemps réservée aux professionnels ou à quelques passionnés disposant d'un solide bagage technique, la photographie s'ouvre désormais à un public beaucoup plus large. Les amateurs s'emparent rapidement de ce nouveau moyen d'expression pour immortaliser leur vie familiale, leurs voyages ou les paysages qu'ils découvrent. Les appareils stéréoscopiques, qui offrent une impression de relief, connaissent alors un grand succès, tandis que de nombreux soldats emportent leur appareil sur le front durant la Première Guerre mondiale, laissant un témoignage précieux de leur quotidien.

Constitué à la Belle Époque, le fonds Boivin témoigne de la richesse des procédés photographiques de son temps à travers une grande diversité de supports, notamment des autochromes, des plaques de verre et des vues stéréoscopiques.

Cette démocratisation favorise l'essor de nouveaux usages. À la fin du XIXᵉ siècle, la carte postale illustrée devient un véritable phénomène de société. Elle permet non seulement de correspondre, mais aussi de diffuser largement l'image des villes, des monuments, des paysages ou des événements. Les vues du château et des jardins de Versailles, du Musée des Antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye ou encore des chasses à courre de la duchesse d'Uzès en forêt de Rambouillet figurent parmi les sujets les plus populaires et contribuent au rayonnement touristique du territoire.

Malgré cette diffusion croissante, la photographie demeure, au tournant du XXᵉ siècle, une discipline exigeante qui suppose un investissement matériel, une bonne maîtrise technique et un véritable regard. Certains amateurs atteignent ainsi un niveau remarquable, à l'image de Jules-Émile Boivin et de son fils, installés à Clairefontaine, qui aménagent un laboratoire photographique et réalisent plusieurs milliers de clichés consacrés à leur famille, à leur environnement quotidien et à leurs voyages.

Visionneuse stéréoscopique (extérieur)
Visionneuse stéréoscopique (extérieur)

Utilisée pour observer des plaques ou des photographies stéréoscopiques, cette visionneuse superpose deux clichés pris sous des angles légèrement différents. Le cerveau les fusionne en une seule image, créant une impression saisissante de profondeur et de relief.

Visionneuse stéréoscopique (intérieur)
Visionneuse stéréoscopique (intérieur)
Boîtes de conservation d’origine des photos prises par le photojournaliste Jean Lattès pour le journal France Dimanche
Boîtes de conservation d’origine des photos prises par le photojournaliste Jean Lattès pour le journal France Dimanche

1949-1955

François Gragnon (1929–2018), photographié par son ami et confrère Jean Lattès (1917–1996).
Entre 1950 et 1954. Cote : 40Fi 54295

La photographie s'impose enfin comme un média à part entière. Les progrès de la photogravure permettent son intégration dans la presse illustrée dès la fin du XIXᵉ siècle. En Seine-et-Oise, Le Journal de Versailles devient, à partir de 1923, le premier journal local à faire une large place à l'image. Après la Seconde Guerre mondiale, l'essor du photojournalisme transforme profondément la presse. Les grands quotidiens et hebdomadaires illustrés, tels que France-Soir ou France-Dimanche, rejoints par les magazines sur papier glacé, multiplient les reportages photographiques et accordent à l'image une place parfois prépondérante sur le texte. Cette évolution est notamment illustrée par le parcours du photojournaliste Jean Lattès, installé au Vésinet, dont les reportages constituent aujourd'hui un témoignage précieux sur la société française de l'après-guerre.

Carte postale du château de Pontchartrain au soleil couchant. On aperçoit au sol l’ombre du photographe.
Carte postale du château de Pontchartrain au soleil couchant. On aperçoit au sol l’ombre du photographe.

Début du XXe siècle

Publicité sur les appareils portatifs de la marque Kodak
Publicité sur les appareils portatifs de la marque Kodak

1930

Photographies en "Une" !
Photographies en "Une" !

Le Journal de Versailles et de Seine-et-Oise est le premier titre local à publier des portraits photographiques. Jusqu’alors, les personnalités du territoire étaient principalement représentées par les portraits dessinés de René Aubert. Progressivement, la photographie vient enrichir cette galerie d’illustrations, constituée et réemployée par la rédaction pour accompagner ses articles. D’abord réservée aux journaux à grand tirage, l’illustration photographique s’impose dans la presse locale au cours des années 1930. À la fin de la décennie, Les Nouvelles de Versailles y recourent abondamment, notamment en première page.

Partager cette page :